Dans la tranchée des saules, à proximité du maudit Bois carré, qu'il faudra prendre d'assault dans la journée, c'est ce que nous savions tous. Le réveil est froid et courbatu dans une aube charmante, pour ces regards qui ne pouvaient distinguer que les choses d'en haut, célestes. Les mains géantes de ces arbres aux doigts multiples et puissants avaient sans nul doute repoussé pour quelques temps encore, l'échance fatale de ces soldats livrés aux labours des obus et des bombes ; ou du moins dans cette obstination de l'illusion de vivre. Les libertés individuelles abandonnées aux nations militarisées, tombaient leurs âmes aux destructions massives des canons et aux pulsations répétées des mitrailleuses. Les invasions territoriales se comptaient en mètres de progressions et aussi de reculs toujours ordonnées et copiées et répliquées par l'adversité combative : En tenue. En avant. Halte. Reculez. Laissez passer les mitrailleurs. Laissez passer le Capitaine, (un Capitaine quelconque car il n'y en vait plus). Retournez à vos anciens emplacements... Aujourd'hui, il n'y aura aucun courrier distribué, pour ces hommes enterrés. Alors ce grand aéroplane blanc, désignait dans cette aube, l'étoile la plus proche, celle que l'on touche du regard de l'éternité.
Déjà la longue séance de tirs des tranchées avait repris dans une atmosphère admirablement sereine et tiède, entre les murs de terre et les sacs de remblais sous des bombardements qui reprirent avec la riposte des claquements et des sifflements intermitents des balles. Ils sont désormais huit, assis a ces créneaux, en revendiquant, par des pensées de "mourir utilement", leur droit à la vie. Quel manque de chance si l'obus y tombait... Mais il n'y tombera pas... Parce que trop de compagnons de combats sont déjà partis tandis que je reste là encore... gardien des âmes et des corps ; témoin des horreurs et des longues plaintes des meurtrissures jusque dans les générations futures. Pour rappeler à la mère patrie aux horreurs de ses sacrifiés que furent ses enfants. Aux mères du monde entier qui les portèrent dans leur sein. A ces croix blanches alignées par soucis d'égalité dans le sacrifice supprême. A la deuxième guerre mondiale. Et à notre génération actuelle.
Selon son acte de décès, ce soldat sera déclaré mort à 16 heures par un éclat d'obus reçu à la tête. Comme beaucoup d'autres de ses compagnons, il repose problablement dans l'un des ossuaires de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais).
Nous ne pouvons admettre que ces hommes aient été féroces dans leur énergie déployée pour briser l'inflexibilité ; pour punir ; pour frapper sans hésitation ; et même si un prétendu coupable est haut placé. nous ne pouvons toujours pas penser que, sans cette guerre atroce, la vertu des nations se serait éteinte avec Elles. Nous ne pouvons croire en une marche triomphale. Car cette guerre aura été celle du peuple livré à l'écrasement qui dépasse le genre humain et ce même dans la notion de "l'ennemis forces du mal". Nous ne pouvons toujours pas croire qu'une guerre déclarée aujourd'hui encore dans le monde, puisse être la résurgence d'un peuple, d'une société qui se seraient endormis dans son propre chaos politique et social et par sa débacle écononomique. Cela aucun chef d'état ne peut nous le faire admettre.
J.F.D.
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